Buongiorno ou buonasera : en Italie, l’heure ne fait pas tout
Quand passer de buongiorno à buonasera ? Dans quels cas dire ciao ou salve ? En Italie, le contexte et la personne à qui l’on s’adresse comptent autant que l’heure.

Il est 14 heures. Vous entrez dans une boutique en disant buongiorno. Derrière le comptoir, on vous répond buonasera. Rassurez-vous : vous n’avez ni perdu la notion du temps ni commis d’impair. Vous venez simplement de découvrir que, dans l’italien courant, on ne passe pas partout de l’un à l’autre à la même heure.
Les manuels préfèrent les règles simples. Dans la vie courante, l’heure compte, bien sûr, mais elle n’est pas le seul repère : la région, la situation et le degré de familiarité entrent aussi en jeu. Pour ne pas hésiter chaque fois que vous entrez quelque part, mieux vaut observer la situation que consulter votre montre.
Il n’y a pas d’heure fixe pour passer à buonasera
Buongiorno s’emploie pendant la première partie de la journée, buonasera pendant la seconde. Sur le papier, la règle paraît simple. Dans les faits, Treccani souligne qu’il est impossible de fixer une heure précise : le passage de l’un à l’autre varie selon les personnes et les régions. En Toscane, on peut entendre buonasera dès le début de l’après-midi ; en Sardaigne, le premier repas peut servir de repère, quelle que soit l’heure.
Inutile donc de chercher une règle qui fonctionnerait à 13 h 59 partout en Italie. Autour de midi et au début de l’après-midi, écoutez la formule employée par la personne qui vous salue et reprenez-la. Si c’est à vous d’engager l’échange, buongiorno reste généralement un choix sûr ; buonasera vient plus naturellement une fois l’après-midi bien entamé. Si l’on vous répond autrement, ce n’est pas que vous avez commis une erreur : chacun peut avoir sa manière de découper la journée.
On retrouve ces deux mots dans tout le pays, mais on ne les emploie pas partout au même moment. D’un endroit à l’autre, on ne découpe tout simplement pas la journée de la même façon.
Le salut donne le ton de l’échange
En français, on peut entrer dans une boulangerie et enchaîner presque d’un seul souffle : « Bonjour, une baguette, s’il vous plaît. » En italien, la demande peut suivre tout aussi vite, mais le buongiorno prononcé en entrant compte vraiment : il établit d’abord le contact, avant la demande. Dans un commerce, un cabinet médical, le hall d’un immeuble ou une petite salle d’attente, l’oublier peut rendre une phrase pourtant correcte plus sèche qu’on ne le voulait.
Un salut ne sert pas seulement à souhaiter une bonne journée. Il ouvre ou ferme l’échange, donne le ton et appelle souvent la même formule en retour : à buongiorno, on répond buongiorno ; à ciao, ciao. Rien de mécanique là-dedans : chacun montre simplement qu’il a compris le ton proposé.
Le plus simple est donc de marquer une courte pause entre le salut et la demande : « Buongiorno. Vorrei… » Elle laisse à l’autre le temps de répondre et vous indique aussitôt le ton qu’il adopte.
Ciao dépend de la familiarité, pas de l’heure
On peut dire ciao le matin comme le soir, en arrivant comme en partant. Cette souplesse a toutefois une limite : ciao est familier. Il convient entre amis, en famille, entre collègues qui se tutoient, ainsi que dans bien des lieux où le ton est d’emblée informel. Face à un inconnu ou dans un contexte plus formel, mieux vaut commencer par buongiorno ou buonasera pour ne pas se montrer trop familier d’emblée.
À l’origine, pourtant, le mot était très cérémonieux. Treccani le fait remonter au vénitien s-ciao, « esclave », dans une formule qui revenait à dire « votre serviteur ». Il est ensuite devenu le salut familier italien par excellence et s’est diffusé dans de nombreuses langues. D’une marque de déférence, ciao est ainsi devenu un signe de familiarité.
Cela ne veut pas dire que toute l’Italie reste attachée au vouvoiement. L’usage du tu s’est beaucoup répandu ; les habitudes changent selon les générations et les milieux professionnels, et dans certains échanges, on passe très vite à ciao. Le mieux est de laisser votre interlocuteur, ou l’ambiance du lieu, donner le ton, puis de vous adapter.
Salve évite la question de l’heure, pas celle du ton
Salve paraît très pratique : pas besoin de choisir entre le matin et le soir, et le mot est moins familier que ciao. Son emploi s’est beaucoup répandu, notamment chez les jeunes et lorsqu’on s’adresse à un inconnu. On l’entend au téléphone, à l’accueil d’un établissement ou dans les situations où personne ne sait encore très bien s’il faut se tutoyer ou se vouvoyer.
Tout le monde ne l’entend pourtant pas de la même façon. Pour certains, c’est le juste milieu ; pour d’autres, salve sonne trop relâché dans un cadre formel, voire un peu impersonnel. Les pages de Treccani rendent bien compte de cette évolution : l’une souligne son extension jusque dans des échanges formels chez les jeunes ; l’autre le déconseille dès que la situation n’est pas franchement informelle. Face à une administration ou lors d’un rendez-vous important, buongiorno ou buonasera restent donc plus sûrs.
À l’oral, salve peut convenir lorsqu’une situation n’est ni familière ni franchement formelle. Mais il ne faut pas en faire le passe-partout de toutes les rencontres. Saluer, ce n’est pas seulement éviter un faux pas : c’est déjà choisir la manière dont on s’adresse à l’autre.
Pour partir, arrivederci reste une valeur sûre
Buongiorno et buonasera peuvent également s’employer au moment de partir. Arrivederci a toutefois l’avantage de marquer clairement la fin de l’échange tout en restant poli sans être guindé. Arrivederla est plus soutenu. Dans un commerce ou avec une personne que vous ne connaissez pas, « Grazie, arrivederci » convient à toute heure.
Buonanotte ne remplace pas automatiquement buonasera dès qu’il fait nuit. On l’emploie surtout pour prendre congé tard, souvent au moment où chacun rentre chez soi ou va se coucher. On peut donc arriver au restaurant avec buonasera, puis quitter des proches bien plus tard avec buonanotte. Quant à addio, il évoque généralement une séparation définitive, douloureuse ou conflictuelle. Ce n’est pas l’équivalent du simple « au revoir » français, même s’il existe d’autres usages dans certaines régions.
Vous entendrez aussi giorno ou sera, des formes abrégées qui donnent au salut un ton plus léger. Elles se comprennent sans difficulté, mais rien ne vous oblige à les adopter tout de suite. Les formules complètes restent parfaitement naturelles et vous laissent le temps d’observer les usages autour de vous.
Quelques repères pour ne plus hésiter
Avec des proches, ou dans un groupe où l’on vous dit d’emblée ciao, répondez ciao. Avec quelqu’un que vous ne connaissez pas, commencez par buongiorno ou buonasera. Autour de midi et en début d’après-midi, reprenez simplement le mot de votre interlocuteur. Dans un contexte très formel, mieux vaut éviter salve. Et pour prendre congé poliment sans vous soucier de l’heure, dites arrivederci.
Surtout, prenez le temps de saluer avant de demander quoi que ce soit. Dans un échange bref, cette petite pause compte souvent davantage que l’instant exact où buongiorno cède la place à buonasera. Elle vous permet d’écouter la réponse, d’adapter le ton et de reconnaître votre interlocuteur avant de formuler votre demande.
Vous ne choisirez pas toujours le même mot que la personne en face, et ce n’est pas grave. Il suffit que votre salut convienne au moment et, surtout, à la situation. À force d’écouter comment on vous répond, le bon réflexe viendra vite.
À retenir
Trois repères
- On ne passe pas partout de buongiorno à buonasera à la même heure : les usages varient selon les personnes et les régions.
- Face à un inconnu, buongiorno ou buonasera est généralement le choix le plus sûr ; ciao suppose un certain degré de familiarité.
- Pour prendre congé poliment à toute heure, « Grazie, arrivederci » reste une formule simple et sûre.
Sources officielles